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mars 2001
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le 1er janvier 2017
VERONIQUE TOPIZE,
LA VEUVE DU CHANTEUR KAYA
NOUS PARLE

Dimanche 14 Mars 1999

témoignage vidéo Dalidah Topize (1,6 mo)
vidéo
"C'était mon mari"
"Je l'aimais et il m'aimait"

Dans un retournement de situation spectaculaire, Véronique Topize,
la veuve du chanteur Kaya décédé en prison,
dont la mort a mis le feu aux poudres dans l'île soeur,
met en cause le "Mouvement républicain".
Elle reproche au leader de ce parti de n'avoir pas anticipé les conséquences
du concert pour la dépénalisation du gandia - cannabis - et de n'avoir pas accéléré les choses
pour libérer son mari avant le week-end fatidique.

Le rapport de la contre-autopsie de Kaya pratiquée par le Dr Ramstein a été rendu public.
Quels sont vos sentiments quant aux conclusions de ce spécialiste ?

Quand je pense qu'une personne aussi calme que Kaya a trouvé la mort dans les conditions que l'on sait, cela me révolte.
Je pense à la souffrance. Il faut que justice soit faite.
Vu que je n'ai pas encore eu le rapport en main, je souhaite que tout a été clairement explicité.
Aussi, permettez-moi de dire que je ne savais même pas que le rapport avait été rendu public.
J'estime que j'aurais dû être avertie car il s'agit de mon mari.
Une fois de plus, j'ai été mise à l'écart tout comme le jour de la mort de mon mari
où on pratiquait son autopsie sans même que je ne sois au courant.

Selon vous, qui sont ceux qui sont responsables de la mort de votre mari ?
Tout d'abord, je pense que les autorités policières sont responsables. Ensuite, j'estime que le "Mouvement républicain"
a sa part de responsabilité dans tout ce qui s'est passé. D'abord, le MR aurait dû prendre des dispositions
quand il a organisé un concert pareil. Il aurait dû s'attendre à ce qui allait se passer après le concert.
Ensuite, il faut aussi que je dise que quand Kaya a été arrêté le jeudi 18 février,
je suis allé voir les hommes de Rama Valayden dès ce jour-là. Ils m'ont dit que Rama Valayden n'était pas à Maurice
et qu'ils ne pouvaient pas le joindre. Je ne comprends pas comment on ne peut mettre la main sur une personne
qui se trouve à Rodrigues. Je suis déjà allée à Rodrigues, je sais que le téléphone existe.
Et le comble c'est qu'ils ont pu entrer en contact avec Rama Valayden pour lui annoncer la mort de Kaya.

Que s'est-il passé ensuite ?
Le lendemain, j'ai insisté auprès des gens du "MR" pour leur dire qu'il fallait faire libérer mon mari à tout prix.
Je leur ai dit que si Kaya avait demandé un cachet pour ce concert, je n'aurais pas eu à venir solliciter leur aide.
A ce moment-là, quelqu'un a téléphoné à Me Ellias Oozeerally. Cette personne lui a dit que je voulais faire libérer Kaya
et que je n'avais ni argent ni terrain pour soutenir une caution.
Pourtant, lorsque je suis allée le voir, il était étonné de constater que je n'avais pas d'argent.
Il m'a dit que la caution serait de l'ordre de 10 000 roupies. Je n'avais pas cette somme.
J'ai pris le calepin de Kaya et j'ai téléphoné à ses amis.
J'ouvre une parenthèse pour dire que j'ai téléphoné deux fois à son producteur pour lui demander de l'aide.
Il m'a dit qu'il ne pouvait rien faire pour moi. Pourtant, je lui avais bien fait comprendre
que ce n'était qu'un emprunt. Et maintenant, il ose venir dire qu'il était un ami de Kaya.
Grâce à d'autres personnes, j'ai pu réunir 5 000 roupies et je l'ai fait savoir à Me Oozeerally.
J'ai appris que les gens du MR faisaient une quête pour réunir le reste. Il m'a fait dit de revenir le lendemain matin, soit samedi.
Ce jour-là, Me Oozeerally m'a dit qu'il avait le reste de l'argent (5 000 roupies) dans sa poche.
C'est à ce moment qu'il m'a dit qu'il fallait payer au moins deux policiers pour le transfert de Kaya d'Alcatraz à Rose-Hill,
où la caution allait être versée. Je lui ai dit que je ne pourrais à la limite qu'en payer un.
Mais à ma grande surprise, la cour état déjà fermée à notre arrivée, car c'était un samedi.
Est-ce qu'un avocat ne sait pas que la cour ferme tôt le samedi ? Me Oozeerally m'a, alors, dit qu'on allait le faire libérer lundi.
Et maintenant après sa mort, on vient dire qu'un coup de fil aurait suffi pour faire libérer Kaya.
Mais pourquoi ne l'a-t-on pas fait quand je sollicitais de l'aide et quand il était encore temps ?

Vous avez dit que le Mouvement républicain a sa part de responsabilité dans la mort de votre mari.
Quel sentiment éprouvez-vous à l'égard de ses responsables ?

Vous savez, je suis une personne qui prie beaucoup. Donc, je ne peux avoir de la vengeance dans mon coeur.
Je pense qu'il est mieux que je laisse tout cela sur leur conscience.

Est-ce que vous avez eu l'aide d'une quelconque organisation ou d'un parti politique ?
Je n'ai reçu à ce jour qu'une aide de l'Eglise que je tiens à remercier d'ailleurs.
Ensuite, j'ai appris que des membres du MR cherchent à louer une maison pour moi et mes deux enfants.
Je ne crois pas que j'accepterai. Je ne veux être soutenue par aucun parti politique.

Maintenant que le rapport Ramstein a été rendu public, qu'est-ce que vous envisagez de faire ?
Mon avocat, Me Bala Padiachy, continuera à suivre l'enquête.
Le plus important, c'est de savoir ce qui s'est passé exactement et dans quelles conditions mon mari a trouvé la mort.

Depuis la mort de votre mari, vous avez été l'objet d'un grand mouvement de sympathie
Je profite de cette occasion pour remercier tous ces musiciens qui se sont produits le jour du défilé du corps de Kaya.
Mes remerciements vont aussi à tous ceux qui m'ont témoigné de la sympathie particulièrement les habitants de Roche-Bois
ainsi que la famille Topize qui m'a soutenue dans ce malheur.
Aussi, je voudrais remercier les habitants de Beaux-Songes car je ne m'attendais pas à cet élan,
vu que je n'habite ce quartier que depuis quatre mois. Ce mouvement n'est pas venu seulement de l'île Maurice.
J'ai eu des appels de France ou encore de la Réunion. Je dois aussi dire que quand Kaya était vivant,
beaucoup de personnes l'ignoraient. On ne s'intéressait pas à lui.
Il n'était pas bien considéré parce qu'il était un rasta.
C'est après sa mort que certains se découvrent être ses amis.

Quand avez-vous vu votre mari pour la dernière fois ?
C'était le jeudi 18 février, soit le jour de son arrestation.
Ce jour-là, je revenais de l'arrêt d'autobus d'où j'avais accompagné mes deux enfants, Hazaria et Lumia,
qui partaient à l'école (les deux fréquentent l'école primaire de Palma). En revenant, j'ai vu deux voitures
devant ma cour. Il y avait sept ou huit personnes dans ma maison. Kaya m'a dit que ces personnes
étaient venues fouiller la maison. Après avoir fouillé la maison pour ne rien trouver,
ils ont demandé à mon mari de les suivre jusqu'à Port-Louis pour une enquête.
Ils lui ont dit que c'était pour signer un "statement" certifiant qu'ils n'avaient rien trouvé chez nous.
Nous leur avons demandé si on ne pouvait pas signer les papiers ici (dans leur maison à Beaux-Songes).
Ils nous ont dit que ce n'était pas possible et qu'il fallait aller à Port-Louis.
Kaya m'a demandé de venir avec lui. au fait, il était sur le point de prendre son petit déjeuner
quand les policiers sont venus. Il avait fait chauffer un plat. Il aime manger le riz le matin.
Il n'a pas eu le temps de manger finalement. C'est aux Casernes centrales que nous nous sommes rendus.
On ne m'a pas permis d'assister à son interrogatoire. Cela a duré entre deux à trois heures.
Ensuite, un policier est sorti et lorsque je lui ai demandé ce qui se passait, il m'a répondu que Kaya
avait été arrêté car il avait avoué avoir fumé du gandia lors du concert du "Mouvement républicain".
Kaya a ensuite été transporté par les policiers à Rose-Hill où il est passé en Cour.
C'est alors que j'ai rencontré des membres du PMR qui ont téléphoné à Me Elias Oozeerally.

Qu'avez-vous fait le lendemain ?
J'ai fait toutes les démarches pour libérer mon mari comme je vous l'ai expliqué au début.
J'ai dû me débrouiller par mes propres moyens. Dans la journée, je suis allée à Alcatraz.
Je voulais lui donner du pain, du jus de fruit et un paquet de cigarettes.
J'ai vu un policier posté devant Alcatraz et je lui ai demandé de remettre la tente à Kaya.
Il m'a répondu que ce n'était pas possible et d'aller plutôt remettre cela au poste de police des Casernes Centrales.
C'est ce que j'ai fait. Et là encore, un autre policier m'a dit que ce n'était pas possible.
Personne n'a voulu cette responsabilité-là. Je suis rentrée sans avoir pu lui donner la tente.

Quel est votre état d'esprit depuis la mort de votre mari ?
Si vous savez combien je souffre. Ce n'est pas facile.
Tout cela est arrivé d'un seul coup sans que je ne m'y attende. Je ne suis pas encore en état
de comprendre tout ce qui s'est passé. Mes enfants ne veulent pas rester dans notre maison.
Ils réclament leur père. Je leur ai tout expliqué et ils ont repris l'école depuis lundi dernier.
Cela n'est pas facile pour eux, d'autant plus qu'à l'école leurs camarades en parlent.
Pour moi aussi c'est la même chose. Mon mari passait ses journées à mes côtés.
Il composait ses chansons à la maison. Nous prenions nos repas ensemble. Tout cela est très dur.
Laissez-moi aussi vous dire que depuis la mort de mon mari, j'entends toutes sortes de ragots le concernant.
Kaya était un homme avec ses défauts et ses qualités. Il n'était pas mieux, ni pire.
C'est mon mari, je l'aimais et il m'aimait, il adorait ses enfants.

Suite à la mort de Kaya, il y a eu les émeutes. Qu'en pensez-vous ?
C'est la colère des gens qui a débouché sur les émeutes. Kaya était aimé de tout le monde.
Kaya n'était pas quelqu'un de fier. Il était très calme. Je pense aussi que c'est le manque de confiance
dans nos institutions à l'exemple de la police et du judiciaire qui a débouché sur cette situation.
Est-ce que ce n'est pas le moment pour que la population retrouve la confiance dans ces institutions-là ?
Je pense aussi qu'il est inadmissible de mettre ces dérapages sur le dos des créoles.
Toutes les communautés ont profité de cette situation. Permettez-moi aussi de dire
que si les créoles se sont retrouvés dans des "ghettos", c'est par la faute des politiciens
qui se sont toujours servis des créoles comme marche-pied. Les créoles ont maintenant compris
qu'ils doivent s'organiser avec ou sans l'aide des politiciens.
Les créoles sont des Mauriciens à part entière et il n'y a pas de haine envers les autres communautés.
Les créoles recherchent simplement la paix et surtout la justice. Les créoles n'ont pas de leader
depuis la mort de Gaëtan Duval et ce ne sont certainement pas les apprentis-sorciers
qui nous diront le contraire.

Vous avez eu une rencontre avec le Premier ministre.
Estimez-vous avoir été manipulée par ce dernier ?

J'ai eu cette rencontre dans un but précis: pour lancer un appel au calme à la population.
Je lui avais demandé de dire aux policiers d'arrêter de tirer des coups de feu.
Mais les policiers ont quand même continué. On m'a fait comprendre que le Premier ministre
n'avait pas été écouté.

Adoptiez-vous une vie rasta et souhaitez-vous que vos enfants mènent une vie de rasta ?
Je suis rasta de cur. Mon mari était ma philosophie. Quant à mes enfants, c'est à eux de voir.

Le mot de la fin
Nous avons de la chance d'avoir un président de la République comme Cassam Uteem.
Je voudrais aussi présenter mes condoléances à tous ceux qui ont perdu un des leurs dans les mêmes
circonstances dans lesquelles j'ai perdu mon mari. Permettez-moi de présenter mes sympathies
à ces familles qui ont perdu leurs proches durant les émeutes.

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Véronique Topize, ile maurice kaya seggae
Leçon de dignité
de Mme Véronique Topize

le 24 mars 2002
Dr Ramstein, france, océan indien
Autopsie Kaya:
Expertise
contre expertises

le 08 juin 2003
veronique topize, ile maurice kaya
Véronique Topize,
autopsie de son mari:
"il y a suffisamment de preuves!!"

le 22 février 2004
veronique topize, ile maurice kaya
Véronique Topize
et Bindoo Ramlogun
" Qui mettra un frein
aux violances policieres?"

le 08 décembre 2006
Pas de suspension des policiers en vue
Dimanche 14 Mars 1999

Depuis que les conclusions du Dr Jean-Paul Ramstein ont été communiquées au Premier ministre mauricien
ainsi qu'à ses collègues, de nombreuses voix se sont élevées pour demander la suspension immédiate des trois policiers
chargés d'assurer la surveillance de Kaya à la prison des Casernes centrales de Port-Louis.
Les élus de l'opposition notamment, des responsables d'association aussi.
Mais les autorités policières adoptent semble-t-il la politique de l'autruche et préparent en fait déjà une stratégie de défense.
Elle n'est pas nouvelle, elle n'a pas varié depuis le début de ce dossier :
Kaya s'est tué lui-même, en se jetant au sol à plusieurs reprises, en se tordant le cou, et en s'automutilant.
Pour appuyer ce que l'on ose qualifier de thèse, les policiers comptent faire témoigner des détenus.
Une attitude qui n'a donc pas varié et ce en dépit de la contre-expertise
qui ne laisse planer aucun doute sur les coups qui ont été portés à l'artiste.
Par ailleurs, selon certaines sources, un prisonnier aurait essayé de faire pression sur un policier afin d'obtenir une remise de peine
en contrepartie de son silence. Ce qui contribue encore plus au peu de crédibilité des témoignages à venir.
Le président de la République Cassam Uteem déclarait récemment:
"Il nous faut chasser pour toujours le genre de méfiance que certains éprouvent à l'égard des autres
pour des raisons d'ordre communale ou ethnique".
Les autorités policières gagneraient sans doute à prendre des mesures disciplinaires, donc d'ordre administratif.
Une décision plus que symbolique qui ne ne préfigure en rien de la culpabilité des trois policiers mis en cause.
J.-B. C. avec Rajen Bablee

témoignage vidéo Dalidah Topize (0,3 mo)
vidéo 02
Véronique Topize

Lien spécial "jahmusik.net"
article sur Kaya, l'Ile Moris, et le seggae

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le 1er janvier 2017

mis en ligne en mars 2001